Les 20 et 21 juin, Ouagadougou va accueillir le forum de haut-niveau du Groupement des éditeurs de presse publique de l’Afrique de l’Ouest (GEPPAO), sur le rôle des médias dans la lutte contre le terrorisme. A quelques heures de ce rendez-vous, nous sommes allés à la rencontre du secrétaire général dudit groupement, par ailleurs directeur général des Editions Sidwaya, Mahamadi Tiégna. Il nous présente le GEPPAO et donne  les grands axes de ce forum.

LeFaso.net : Pouvez-vous nous présenter le GEPPAO ?

Mahamadi Tiégna : Le Groupement des éditeurs de presse publique de l’Afrique de l’Ouest (GEPPAO), a été institué par les premiers responsables d’organes de presse écrite d’Etat de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) lors d’une Assemblée générale constitutive le 11 décembre 2014 à Abidjan. L’organisation a été portée sur les fonts baptismaux afin de fédérer les énergies au niveau des organes de presse d’Etat de la sous-région.

La Côte d’Ivoire assure la présidence et le Burkina Faso, le secrétariat général. Alors, quel rôle jouent les autres pays au sein du GEPPAO ?

Il faut dire que c’est un groupement qui est en train de prendre corps. Au lancement de l’initiative, l’ensemble des patrons des presses publiques n’étaient pas présents donc tous les postes n’ont pas été pourvus. Dans le bureau actuel du GEPPAO, la présidence est assurée par Fraternité Matin de Côte-d’Ivoire, le secrétariat général, par les Editions Sidwaya du Burkina Faso et  la trésorerie, par le Sahel du Niger. Ce sont donc ces membres fondateurs qui ont conduit l’organisation jusqu’au présent forum de Ouagadougou.  Les autres postes seront pourvus bientôt à l’issue de l’assemblée générale prévue pour le samedi 22 juin prochain à l’issue du forum de haut-niveau que nous avons à Ouagadougou les 20 et 21 juin 2019.

Pour cette année, vous constaterez que quasiment tous les responsables d’organes de presses d’Etat de la sous-région sont là, à l’exception de notre homologue de la Société nationale des éditions du Togo (EDITOGO) qui imprime le quotidien national Togo-Presse. Pour des raisons de calendrier ne pourra pas être des nôtres à la date du forum. Aux cotés donc du DG de Fraternité Matin et des Editions Sidwaya, les premiers responsables de La Nation du Benin, Le Soleil de Dakar, L’Essor du Mali participeront à ce rendez-vous.

De 2014 à 2019, quel bilan peut-on dresser du GEPPAO ?

Après la réunion constitutive d’Abidjan en 2014, il y a eu un forum sur le rôle des medias dans l’émergence de nos pays et un autre sur « Election et cohésion sociale en Afrique » à Abidjan, des échanges d’articles entre les journaux, des assistances mutuelles au cours des reportages dans nos pays membres, surtout entre les deux quotidiens d’Etat de Côte-D’Ivoire et du Burkina Faso. Il était prévu qu’après ce salon, nous puissions enchainer avec une autre activité au Niger. Mais nous sommes malgré tout très loin de nos objectifs de départ.  Comme vous le savez, le turn-over à la tête des organes de presse d’Etat est souvent tellement rapide. Il suffit souvent d’un changement à la tête d’une de nos entreprises de presse qu’une initiative ne puisse pas prospérer dans les délais impartis. Donc c’est au gré de ces changements que depuis les deux forums d’Abidjan, nous n’avons  véritablement pu organiser un autre événement de la trempe du forum de Ouagadougou.

« Le rôle des médias dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest : entre contraintes sécuritaires et devoirs professionnels ». Qu’est-ce qui justifie ce thème ?

Il faut dire que le « terrorisme moderne », si on peut le dire ainsi, est surtout médiatique. D’un côté, nous sommes attirés par la question par devoir d’information sur tout évènement majeur. De l’autre, nous sommes attirés par une certaine fascination des actes terroristes. L’entreprise terroriste exploite à fond cette dynamique en agissant pour attirer autant que possible l’attention du monde. Mais cela ne doit pas affecter l’importance de la liberté d’expression et d’information en tant que fondamentaux de la démocratie. Le public a bien le droit de savoir sur toute question d’intérêt général, actes et menaces terroristes ainsi que toutes les réponses données par les Etats et les organisations internationales. Fondamentalement, il ne faut pas que les terroristes se servent de la communication comme prolongement de la terreur. C’est pour cela que certains médias ont décidé librement, sans que la loi ne les enjoigne, de ne pas relayer les images et vidéos de propagande des organisations à but terroriste. Nous devons, nous journalistes, à notre tour, nous poser les bonnes questions au cours de ce forum. Sommes-nous coupable de trop parler, de trop montrer sur la question ? Devons-nous contribuer chacun à lutter contre le terrorisme ou participer à apaiser ? Le terroriste ne fait pas lui-même le bilan de ses actes. Lorsqu’il frappe, ce sont nous les journalistes qui allons sur le terrain, récoltons les informations sur le nombre de blessés, de morts et de déplacés. C’est ce qui fait que l’entreprise terroriste a toutes ces informations qui lui permettent de faire son bilan. Rien que pour cela, la thématique de ce forum se justifie amplement. L’idée du GEPPAO est de susciter la réflexion. Bien sûr, nous n’avons pas les réponses à ces questions, mais nous devons lever le lièvre.

Les intervenants issus du monde politique, de la société civile, des médias, pourront apporter leur contribution sur ce qui devrait être notre travail au quotidien. Il ne s’agit pas d’orienter les contenus du traitement de l’information d’un organe. Ce serait prétentieux et même vain. Il s’agit surtout de se poser les bonnes questions.

Dans l’exercice de vos devoirs professionnels en tant que presse publique, quelles sont les contraintes auxquelles vous faites face ?

Il n’y a pas de contrainte particulière à Sidwaya comme à LeFaso.net, je peux le dire. C’est à nous de nous poser la question. Lorsque vous recevez par jour une dizaine de messages qui vous dit en même temps qu’il y a des attaques, vous êtes en face d’un flot d’informations qu’on ne peut pas faire passer systématiquement. Il faudra recouper. Il y a aussi l’urgence. Le temps de recouper, vous voyez que ça y est déjà sur un site internet, mais il faudra avoir cette pondération qui vous évite de faire la course de qui publiera le premier. Il faut que ce soit quelque chose de vérifiable et de vérifier, de crédible qui pourrait éventuellement aider les opérationnels et la population à se déterminer dans leur travail au quotidien.

A quoi doit-on s’attendre à l’issue de ce forum ?

Il y a des thématiques qui cadrent avec notre exercice quotidien et en tant qu’homme de terrain, cela nous permettra d’être outillés. Maintenant, qu’est-ce qui va en sortir, il sera difficile de le dire à l’avance. Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, président en exercice du G5-Sahel a bien voulu patronner ce forum. Son homologue de Côte-D’Ivoire Alassane Ouattara a aussi apporté son soutien au GEPPAO.  Nous avons la faiblesse de voir en cela la reconnaissance du rôle que les médias jouent dans la lutte contre le terrorisme. Le GEPPAO lui en est tout naturellement reconnaissant.

La presse privée pourra-t-elle prendre part à ce forum ?

Le GEPPAO n’a fait qu’initier une rencontre. Nous sommes porteurs du projet, qui englobe aussi bien les organes de presse publique que nos confrères du privé. Il faut le reconnaitre, le service public de l’information dans nombre de nos pays par des organes privés. C’est le cas au Burkina Faso par exemple. Nous aurons donc tort de de nous emmurer dans une simple idée d’organe de presse publique. Nous portons une initiative d’ensemble des journalistes de la sous-région avec ceux du Burkina Faso au premier plan. En plus des journalistes sur le terrain, ceux qui sont en formation sont concernés. Nous espérons la contribution de tous à ce forum.

Interview réalisée par Cryspin M. Laoundiki

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